Chapitre 3 : Agriculture

I - Des filières agricoles et agro-alimentaires en transition impactées
par le contexte sanitaire

Une économie agricole touchée par la crise sanitaire nécessitant un accompagnement renforcé

L’année 2020 est marquée par la crise sanitaire sans précédent qui a débuté en mars par un confinement de la population. Dans cette situation inédite, des perturbations sont apparues au sein de plusieurs filières bretonnes (horticulture, œufs, petites volailles, viande bovine, etc.) ainsi que des difficultés logistiques à résoudre : besoin en main d’œuvre saisonnière, modalités de maintien des marchés de plein vent, approvisionnement en masques, en gel, en gants, en matériaux d’emballage, en gaz inertes de process.

L’arrêt de la restauration hors domicile, de l’activité touristique et de certains flux d’exportation a occasionné des pertes d’activité et des réorientations de production (modification des gammes et des conditionnements de produits alimentaires) vers le marché des grandes et moyennes surfaces (GMS). Dans ce contexte de crise sanitaire et économique, l'Etat a mis en place dès la mi-mars une veille active sur l’approvisionnement en produits alimentaires dans la région et sur les difficultés rencontrées par les filières agricole et agroalimentaire.

Cela s’est concrètement traduit par :
- la mise en place et la documentation régulière d’un tableau régional de type « foire aux questions » (FAQ) au bénéfice des représentants professionnels et interprofessionnels ;
- l’organisation de 8 réunions d’un comité régional de crise, présidé par le préfet de région, réunissant l’ensemble des représentants professionnels et interprofessionnels. Ce comité s’est tenu en audioconférence entre le 26 mars et le 16 juin, ainsi que le 22 octobre 2020.

En outre, tout au long de la crise et tout particulièrement lors des premiers jours de confinement, le chef de la mission défense et sécurité de zone de la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DRAAF) a été fortement mobilisé pour faire remonter les difficultés du secteur agricole et agroalimentaire.

La crise sanitaire a pu également donner un coup d’accélérateur à des dynamiques existantes. C’est le cas notamment de l’approvisionnement local et des circuits courts qui ont connu un essor significatif. Enfin, sur le plan social, la crise a joué un rôle de révélateur des besoins essentiels, au premier rang desquels la sécurité alimentaire.

1,2 milliards d’euros pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt au niveau national

La relance se prépare

Le plan gouvernemental « France Relance » comporte un volet d’1,2 Md€ en faveur de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt. Il s’articule autour de trois priorités : reconquérir notre souveraineté alimentaire, accélérer la transition agroécologique au service d’une alimentation saine, durable et locale pour tous les Français et accompagner l’agriculture et la forêt française dans l’adaptation au changement climatique.
La DRAAF a relayé les informations en vue de la mise en oeuvre des 22 mesures du volet agricole au fur et à mesure de leur déploiement, en lien avec les différents opérateurs : FranceAgriMer, Agence de services et de paiement (ASP), ADEME, Agence Bio et BPIfrance. 10 mesures sont territorialisées et disposent d’enveloppes régionales, déployées par la DRAAF et les service départementaux au plus près des acteurs du territoire.

Une agriculture toujours en évolution

Partie 1

Les Trophées de l’agroécologie récompensent depuis 2014 les démarches innovantes, individuelles ou collectives, exemplaires d’une agriculture à la fois productive et respectueuse de l’environnement et des femmes et des hommes qui la font vivre. En 2020, la Bretagne a proposé aux jurys nationaux le collectif « Explorons la diversité » porté par RES'AGRI 29. L’objectif des éleveurs est d’atteindre l’autonomie alimentaire, de produire du lait à moindre coût et à faible impact environnemental. Ils sont partis du principe qu’il faut valoriser au maximum la qualité et la quantité d’herbe pâturée disponible pour les vaches afin d’être le plus autonome possible. Aujourd’hui, 98 % de ce que mangent les vaches du groupe est produit directement sur les exploitations.

Partie 2

2020 a vu la publication des résultats de la 3e édition de l’enquête régionale sur les pratiques agricoles dans les bassins versants en 2018 (après celles de 2004 et 2011). Commandée par l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, la Région Bretagne et les conseils départementaux, réalisée par la DRAAF (service régional de l'information statistique et économique - SRISE), cette enquête constitue un recueil d'informations à une échelle territoriale fine (le bassin versant), tant sur le plan quantitatif que qualitatif.
Les données collectées montrent que les exploitants continuent à faire évoluer leurs pratiques culturales (fertilisation, protection des cultures, travail du sol, etc.) et à s’informer : meilleure connaissance des structures animatrices locales, baisse d’achat des engrais pour 4 exploitants sur 10, sécurité mieux assurée lors des traitements phytosanitaires, progression des modes de culture alternatifs...

Les informations très riches issues de cette enquête donneront lieu à des travaux de valorisation approfondis en 2021, notamment un dossier sur les pratiques phytosanitaires et un datavisualiseur (outil d'édition en ligne de cartes interactives) ; un focus sur les baies algues vertes est également prévu.

Pré troupeau

Un système laitier qui favorise l’autonomie alimentaire et l’approvisionnement au pâturage

Une année de transition pour les MAEC

Les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) visent à compenser la perte de revenu liée à des pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement (au regard de la qualité de l’eau, du sol, de la biodiversité, etc.).
2020 correspond à la dernière année programmée du plan de développement rural alimenté par la Politique agricole commune (PAC) et correspond également à l'année de fin d'engagement de nombreux contrats débutés en 2015. La mobilisation des financeurs, au premier rang desquels l'État, a permis de maintenir l'accès aux soutiens environnementaux à une grande majorité des exploitants, notamment grâce à la mise en place, par les pouvoirs publics, de contrats d'un an.
En 2020, 112 000 ha ont été nouvellement engagés en MAEC, soit près de 7 % de la surface agricole utilisée (SAU). Concernant les mesures de soutien à l’agriculture biologique, les nouveaux engagements 2020 ont porté sur 38 000 ha.

7% de la SAU est engagée en Maec

MAEC

75 enquêteurs ont recueillis les données de
22 800 exploitations agricoles

Mieux connaître notre agriculture et ses pratiques

Le 1er octobre 2020, le ministère de l’agriculture et de l’alimentation a lancé le recensement agricole 2020. Cette opération, européenne et obligatoire, a lieu tous les 10 ans et constitue une source d’informations indispensable. Elle a pour objectif d'actualiser les données sur l'agriculture française et de mesurer son poids dans l'agriculture européenne. Ces données permettent également de définir et d'ajuster des politiques publiques au niveau national et local.
Il concerne 450 000 agriculteurs sur la France entière, dont environ 30 000 agriculteurs en Bretagne. La DRAAF, et plus particulièrement son service régional de l’information statistique et économique (SRISE) orchestre cette opération. Une équipe de 9 personnes au pôle enquêtes et conjoncture du SRISE Bretagne, renflouée pour l’occasion, accompagne ainsi 75 enquêteurs sur le terrain tout au long de la collecte.
Pour la première fois, une grande partie de la collecte s'effectue par Internet. 22 800 agriculteurs bretons ont ainsi reçu un courrier les invitant à répondre à un questionnaire en ligne. Une petite partie de la population agricole (7 500 agriculteurs en Bretagne) ont été contactés par un enquêteur assermenté et soumis au secret professionnel pour répondre à un questionnaire plus détaillé. Les modalités du recensement ont été adaptées dans le cadre de la crise sanitaire, les enquêteurs étant particulièrement vigilants au respect des gestes «barrière» pendant l'entretien. Les résultats seront disponibles fin 2021.

Reconnaissance du premier groupe de forestiers privés

Le premier Groupement d'intérêt économique et environnemental forestier (GIEEF) breton a été reconnu en 2020 : le GIEEF de Lanmor. Porté par trois propriétaires forestiers, ce GIEEF couvrant 1 158 hectares dans la forêt de Saint-Aubin à l’est de Lamballe s’est doté d’un unique plan de gestion forestier concerté qui prévoit la gestion des coupes, des travaux forestiers et des études programmées sur 15 ans, avec un contrat ou un mandat leur permettant d’optimiser les coûts et recettes attendues.

GIEEF

II - Un enseignement agricole bouleversé par le confinement mais engagé dans les transitions

Rentrée 2020

Une rentrée 2020 un peu particulière

Assurer une continuité pédagogique et administrative

Depuis mars 2020, les établissements agricoles qui proposent de nombreuses formations professionnelles doivent gérer sur la durée des formations en distantiel ou en mode hybride avec application des protocoles sanitaires.
La DRAAF a accompagné les 62 établissements d’enseignement technique agricole de la région tant pour l’application des consignes et protocoles sanitaires que pour la gestion de crise, la mise en place des enseignements à distance et l’utilisation des outils numériques.
Cette période a été riche d’apprentissages pour les équipes pédagogiques : collaborations accentuées au sein des établissements, bond en avant du numérique, bouleversement des rôles et questionnements pédagogiques de fond. Tous ces éléments ont permis d’esquisser des pistes de travail pour les années à venir.
Il a fallu innover pour les traditionnelles journées portes ouvertes qui se sont déroulées entièrement à distance en 2020. Les établissements ont créé des visites virtuelles agrémentées d’interviews de directeurs, d’enseignants ou de témoignages d’élèves.

Progression de la formation par apprentissage

Les aides financières pour l'apprentissage ont permis une hausse conséquente de 34 % des effectifs de l'enseignement agricole avec 2 350 apprentis inscrits à la fin de l'année. En parallèle, le nombre de formations ouvertes dans les centres a augmenté de 50 % par rapport à 2019.

2 350
apprentis dans l’enseignement agricole en 2020

EPA Transition

La transition s’opère aussi dans l’enseignement agricole

Dans la continuité du plan précédent, le nouveau plan intitulé « Enseigner à Produire Autrement, pour les transitions et l’agroécologie » (EPA 2) a pour ambition de développer les compétences professionnelles et citoyennes des apprenants et de leur permettre de contribuer activement aux transitions alimentaires, agroécologiques et plus largement à toutes les transitions indispensables pour inventer un nouveau modèle. Il place explicitement l’apprenant au centre de la démarche, dépasse le domaine de la production agricole pour aborder celui de la transformation et des services et intègre mieux les initiatives de l’enseignement supérieur.

Chaque établissement doit rédiger un Plan local enseigner à produire autrement (PLEPA) présentant les transformations que l'établissement cherche à mettre en œuvre pour répondre aux divers enjeux du XXIe siècle en lien avec les transitions et l’agroécologie.

Un guide des éléments sur les politiques et dynamiques en lien avec les transitions rédigé par la Draaf pour les établissements agricoles

III - Pour une alimentation saine avec une agriculture durable et proche du consommateur

La dynamique des projets alimentaires territoriaux accélérée par
le confinement

 

L'année 2020 a permis la mise en place d'un réseau des projets alimentaires territoriaux (PAT) bretons co-animé par la DRAAF et l'ADEME. La crise de la Covid-19 a révélé la pertinence des PAT du fait de leur connaissance de la réalité des territoires et de leurs outils de proximité existants (plates-formes de mise en relation entre les exploitants et les consommateurs notamment). Ils sont des atouts majeurs vis-à-vis de la lutte contre le gaspillage et la précarité alimentaires.

Une bonne dynamique s’opère dans les territoires autour de l’alimentation

PAT Bretagne

Vigilance renforcée sur les végétaux

Le virus du fruit rugueux brun de la tomate (ToBFRV) a été détecté pour la première fois en France dans une exploitation finistérienne début 2020. Ce virus - qui ne présente aucun risque pour la santé humaine - est connu dans d’autres pays pour les dommages qu’il peut causer aux cultures de tomates, de poivrons et de piments. Des mesures d’urgence ont immédiatement été mises en place par la DRAAF afin d’éviter sa propagation. L’enquête menée par les services ainsi que les mesures préventives prises par le ministère ont permis d’enrayer la maladie.

Les 5 et 6 février 2020, plus de 200 agents de l’État de toute la France impliqués dans les contrôles phytosanitaires étaient réunis à l’Institut agronomique de Rennes. Ce séminaire, organisé tous les ans par la direction générale de l'alimentation (DGAL), permet de faire le point sur les sujets d’actualité qui concernent le domaine de la santé du végétal. La nouvelle réglementation, déclinaison du règlement 2016/2031 du 26 octobre 2016, était notamment le sujet principal de cette rencontre qui impacte autant le grand public que les opérateurs professionnels des végétaux.

ToBFRV

Décoloration et tâches jaunes sur fruits de tomate, maturation irrégulière typiques du virus des fruits bruns et rugueux
de la tomate

La santé animale sous surveillance

Face aux menaces d’épizooties pouvant avoir des effets économiques désastreux sur les filières agricoles, la prévention reste la meilleure arme pour protéger les professionnels de l’élevage.
Ainsi, face à la dynamique de déplacement du virus de la peste porcine africaine (PPA) en Europe qui est une menace permanente sur les populations de sangliers et de porcs, le ministère a lancé une campagne de sensibilisation en novembre 2020 ciblant trois grands acteurs : les éleveurs, les chasseurs et les voyageurs.
En fin d’année 2020, la confirmation de deux cas d’influenza aviaire dans des élevages de canards dans le département des Landes, puis la détection du virus dans la faune sauvage en Bretagne, a mis en alerte le réseau sanitaire breton.
Le comité régional d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale (CROPSAV), section animale, s’est réuni le mercredi 2 décembre 2020 sous la présidence du préfet de région afin d’inviter les professionnels, partenaires et acteurs des filières porcines et avicoles à la plus grande vigilance concernant ces deux maladies animales qui pourraient provoquer une crise économique dans les filières porcines et avicoles de la région.

Face au risque influenza aviaire porté par oiseaux détenus par des particuliers, une information a été faite auprès des mairies de Bretagne

43. influenza